Paramétrages

lundi 22 octobre 2018

Donner la mauvaise information
pour faire passer le bon message

1. Pourquoi choisir la mauvaise solution ?

A première vue ça a l’air stupide… mais derrière ce titre accrocheur, il existe une vérité : la ‘meilleure’ solution n’est pas toujours la plus efficace. Ou tout du moins, la solution la plus évidente ou la plus logique n’est pas toujours celle qui fonctionnera le mieux.

Un exemple de ce concept est l’exemple de la disquette comme pictogramme de sauvegarde. Ce choix est logique pour les personnes qui ont effectivement utilisé des disquettes pour sauvegarder des données. Mais pour une bonne partie des utilisateurs actuels, cela n’a pas vraiment de sens car il n’ont jamais utilisé cette technologie. 

disquette

Dans ce cas précis, le pictogramme est devenu tellement courant qu’il est sa propre référence. Cela donne des retournements de situation, comme par exemple cette vidéo dans laquelle des enfants qui voient une disquette pour la première fois… et imaginent que c’est une impression 3D de l’icône de sauvegarde.

2. Un cas pratique : mon oreille

Pour illustrer cette idée, je vais vous présenter un cas pratique : au début de la vingtaine, je suis devenu sourd d’une oreille (la droite). J’avais alors décidé de me faire un tatouage pour le faire savoir. 

La surdité, en dehors du fait qu’elle nous touchera tous, est un handicap invisible. Cela peut poser problème : dans mon cas, les gens oublient quelle oreille fonctionne. C’est pourquoi j’ai décidé de faire un tatouage pour que mes proches s’en souviennent. 

En bon UX designer, j’avais tout naturellement choisi d’utiliser un pictogramme pour transmettre cette information. Ma première idée a été d’avoir recours à la logique, et d’utiliser le pictogramme ‘Mute Micro’ (ci-dessous). En effet c’est le choix le plus logique, car l’oreille, comme un micro, sert à capter des sons.

micro

En parlant de mon projet autours de moi, j’ai vite réalisé que certaines personnes imaginaient plutôt un pictogramme ‘mute enceinte’ pour mon tatouage :

enceinte

J’étais surpris, car je ne l’avais même pas envisagé : une enceinte est un périphérique de sortie, alors que l’oreille est un périphérique d’entrée de son.

Comme ce n’était pas un choix à faire à la légère, j’avais réalisé un petit test comparatif (type A/B testing) auprès de mon entourage, pour savoir si je faisais le bon choix, ou une erreur que j’allais regretter. Et il est vite apparu que le pictogramme représentant une enceinte, bien que ‘faux’, était mieux reconnu et compris.

Voilà le résultat :

tatouage

3. Mais pourquoi ?

Forcément, je me suis posé la question. Voilà une partie de la réponse: 

 > Le pictogramme représentant une enceinte est plus connu que celui du micro. Cela facilite sa reconnaissance par les personne qui le voient.

> La forme générale du pictogramme enceinte est plus spécifique que celle du micro : il y a moins de détails, et moins de risque de ‘rater’ des details si on le voit dans de mauvaises conditions (peu de lumière, chapeau ou cheveux masquant une partie du pictogramme, etc.)

> La forme d’une enceinte est plus proche de celle d’une oreille

> La surdité est fortement associé au concept de son, et l’association avec le son est plus forte pour l’enceinte que pour le micro. Cela facilite donc l’association entre l’enceinte et la surdité.

4. Conclusion

En résumé, pour toutes les raisons que nous venons de voir, il est parfois nécessaire de faire un choix illogique pour être cohérent avec la manière dont les gens pensent.

Ce principe peut se résumer par la phrase suivante :

Ce qui fonctionne est plus important que ce qui devrait fonctionner.

Alors avant de vous lancer, testez, vérifiez, soyez prêts à réaliser que vous avez peut être raison mais que ça ne suffit pas toujours…et surtout soyez prêts à vous tromper pour la bonne cause !

Adrien Picard, UX Designer, SQLI Suisse

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