Paramétrages

Thursday 10 October 2019

A quand l'achat de votre appartement grâce à la libra ?
#blockchain

Cela n’arrivera certainement pas. Il existerait alors une énorme prise de risque pour le vendeur d'un appartement. Si la libra s'effondre, il n'aura rien gagné de sa vente.

Le risque est similaire à ce que l’on observe avec l’engouement du bitcoin, qui a conquis le secteur immobilier. La blockchain a très largement facilité et sécurisé les procédures, mais l’achat et la vente de biens immobiliers en bitcoins ne sont pas sans risque du fait de la forte volatilité de cette cryptomonnaie. 

IL EST POSSIBLE AUJOURD’HUI DE PAYER SES FACTURES PAR SMS. QU’APPORTE FACEBOOK DE RÉELLEMENT NOUVEAU DANS CE PROCESSUS SELON VOUS ?

Lorsque Facebook parle de la possibilité de payer ses factures ou ses tickets de transport avec la libra, je dirais que ce n’est pas une révolution. Ces exemples d’utilisation ne sont pas nouveaux. On peut déjà payer par SMS comme en Afrique où M-Pesa, système d’argent mobile, est actif depuis 2007 déjà. Le service, développé par Safaricom et étendu à plusieurs pays, permet à des dizaines de millions de personnes de payer quotidiennement pour des biens et services, d’accéder à des prêts et d’envoyer de l’argent dans le monde entier. Ce qui joue le même rôle qu’une monnaie locale ; concept qui existe d’ailleurs depuis le Moyen-Âge, sous forme de troc. La problématique pour la libra réside dans sa dimension. Comme pour le bitcoin.

LES IMPACTS DE LA LIBRA SUR LES MONNAIES SOUVERAINES SOULÈVENT DE NOMBREUSES QUESTIONS. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

Il y aura des problématiques dans la collecte de l’impôt, la capacité de gel des avoirs, le financement des partis ou hommes politiques.

IL SEMBLE COMPLEXE POUR LES RÉGULATEURS D’AVOIR UNE SEULE LÉGISLATION MONDIALE COHÉRENTE ET STRUCTURÉE POUR LA LIBRA.

Absolument ! Mais imaginez si une autre monnaie fait son apparition, quel en sera l’impact ? Faudra-t-il encore légiférer ?
Les États suivent. Ils feront une loi pour corriger le défaut. Rappelez-vous lorsque Elon Musk a lancé Tesla alors que c’était illégal aux États-Unis de vendre des véhicules hors concessions.

Alors comment taxer la libra ? Il n’y a pour l’instant aucun wallet, aucun régulateur. Facebook va devoir déclarer vos impôts et se mettre en accord avec tous les régimes fiscaux, toutes les banques centrales. Que se passera-t-il si Facebook fait faillite ?
Facebook dispose d’un an pour convaincre tout le monde…

Le digital et les cryptomonnaies permettent ce genre d’initiatives à bas coûts : lancer la libra, lancer sa cryptomonnaie... Tout cela demande peu d’investissements et se fait en l’absence d’un cadre juridique clairement défini.

COMMENT PEUT-ON RASSURER LE CITOYEN EUROPÉEN ET SUISSE QUANT À LA PROTECTION DE SES DONNÉES AVEC L’UTILISATION DE LA LIBRA ?

Etant donné qu’il n’y a pas de logique de secret bancaire pour le moment, les flux financiers peuvent donc être lus. Facebook sera au courant des achats que vous faites, de votre consommation d'énergie, du montant de vos factures de téléphone...
Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que la libra sera une blockchain privée, donc c’est le consortium qui gérera cette blockchain (dans lequel sont présents Mastercard et Visa notamment), cela veut dire qu’il pourra y avoir des frais à terme.

VOUS PRÉDISIEZ, DANS LES COLONNES DE L’AGEFI, EN DÉCEMBRE 2017, QUE LE BITCOIN NE SERAIT PLUS D'ACTUALITÉ EN 2018.

Nous sommes 21 mois après cette publication et force est de constater que le sujet n'est plus à la mode. La raison est liée au fait que les cryptomonnaies ne s'appuient pas sur des valeurs tangibles. On ne peut les transformer en rien. Je conseillerais aux investisseurs de trouver d'autres assets car elles ne sont définitivement pas une réserve de puissance.

Prenons un exemple, celui des points de fidélité. On aura tendance à accorder plus de valeur à ces bonus chez une grande marque horlogère, plutôt que chez une enseigne de supermarché nous donnant une réduction sur un paquet de pâtes...

Si on spécule sur des points de fidélité acquis auprès d'un horloger suisse, cela signifie que ces points ont de la valeur et la marque prend plus de poids. Cet exemple est plus concret que la spéculation sur le bitcoin...

La différence avec la libra, c’est que derrière cette fondation, Facebook dispose de plus de 500 milliards de dollars de capitalisation. On pourra donc la transformer en actions et cela pourra représenter les parts d’un capital.

QU’EST-CE QUI POURRAIT STOPPER LA LIBRA À VOTRE AVIS ?

Une des vraies questions serait : quelle est la croyance dans sa durée de vie ?

La réponse est que la structure derrière la Libra est intelligente et dispose d’une fondation suisse et un consortium d’entreprises, qui suivent une logique de capacité étatique ; autrement dit, adossés à un budget de plusieurs milliards de francs qui garantissent la stabilité de la cryptomonnaie.
L’ambition de la Libra est à mon sens de devenir plus qu’une cryptomonnaie. Une banque ? La fondation garantit que l’algorithme derrière la Libra ne pourra pas être acheté. Mais est-ce que les certificats de sécurité seront disponibles quelque part ?
Si les certificats comme ceux de Whatsapp étaient plus facilement accessibles, nous pourrions nous poser la question de la sécurité des transactions enregistrées dans cette blockchain. Donc, la confidentialité des données reste au cœur du sujet.

QUEL EST VOTRE RÉACTION AU DÉPART DE PAYPAL DU CONSORTIUM DE LIBRA ? D’AUTRES MEMBRES VONT-ILS SUIVRE ?

C’était prévisible. Ce qui semble une bonne idée au départ peut montrer rapidement des limites.

Paypal ne sera certainement pas le dernier à quitter le navire et à constater que ce n’est pas si simple de construire un consortium autour d’une monnaie.

Interview de Elsa Floret, L'AGEFI

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